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Les œuvres artistiques mentionnées par Husserl

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Dans cet article, je reproduis les œuvres artistiques mentionnées par Husserl dans ses livres, en y ajoutant les extraits correspondants. On peut cliquer sur les images pour les agrandir.

1) Albrecht Dürer (1471-1528) – Le chevalier, la mort et le diable (1513).

Cette gravure est mentionnée au § 131 des Ideen I, où elle sert à illustrer la structure de la conscience d’image.

Albrecht Dürer - Le chevalier, la mort et le diable (1513)

« Nous pouvons nous assurer par exemple que la modification de neutralité appliquée à la perception normale qui pose son objet suivant une certitude non modifiée, est la conscience neutre de l’objet-portrait : c’est elle que nous trouvons à titre de composante quand nous contemplons normalement un monde dépeint par portrait (abbildlichen) sur la base d’une figuration perceptive (perzeptiv dargestellt). Tentons de clarifier ce point ; supposons que nous contemplions la gravure de Durer « Le Chevalier, la Mort et le Diable ». Que distinguons-nous ? Premièrement la perception normale dont le corrélat est la chose « plaque gravée », la plaque qui est ici dans le cadre. Deuxièmement nous avons la conscience perceptive dans laquelle nous apparaissent en traits noirs les figurines incolores : « Chevalier à cheval », « Mort » et « Diable ». Ce n’est pas vers elles en tant qu’objets que nous sommes tournés dans la contemplation esthétique ; nous sommes tournés vers les réalités figurées « en portrait », plus précisément « dépeintes », à savoir le chevalier en chair et en os, etc. La conscience qui permet de dépeindre et qui médiatise cette opération, la conscience du « portrait » (des figurines grises dans lesquelles, grâce aux noèses fondées, autre chose est « figuré comme dépeint » par le moyen de’ la ressemblance) est un exemple de cette modification de neutralité de la perception. Cet objet-portrait, qui dépeint autre chose, ne s’offre ni comme étant, ni comme n’étant pas, ni sous aucune autre modalité positionnelle; ou plutôt, la conscience l’atteint bien comme étant, mais comme quasi-étant (gleichsamseiend), selon la modification de neutralisation de l’être. Mais il en est de même de la chose dépeinte, lorsque nous prenons une attitude purement esthétique et que nous la tenons elle aussi à son tour pour un « simple portrait », sans lui accorder le sceau de l’être ou du non-être, de l’être possible ou conjecturé, etc. Comme mais une modification, précisément celle de la neutralisation. Nous n’avons pas le droit de nous la représenter simplement comme une opération qui s’ajouterait à une position préalable, qui la transformerait après coup. Elle peut être telle à l’occasion, mais elle ne l’est pas nécessairement » (Ideen I, tr. fr. P. Ricoeur, § 131, p. 372-374).

2) Bocklin Arnold (1827-1901) – Champs Elyséens (1877).

Ce tableau est mentionné par Husserl dans les Recherches Logiques.

Bocklin Arnold (1827-1901) - Champs Elyséens (mentionné par Husserl dans RL VI, appendice, p. 292

« Les contenus sentis (vécus) de couleurs, de formes, etc., que nous avons dans un changement continu quand nous intuitionnons le tableau de Böcklin intitulé « Champs Elyséens », et qui, animés par le caractère d’acte de la représentation imaginative se transforment en conscience de l’objet-image, sont des composantes réelles de cette conscience » (Recherches Logiques 3, RL VI, tr. fr. H. Elie, A. Kelkel, A. Kelkel, appendice, p. 292).

3) David Teniers le Jeune (1610-1690) – L’Archiduc Leopold Wilhelm d’Autriche dans sa galerie.

Husserl mentionne dans les Ideen I cet auteur, sans préciser à laquelle des œuvres ci-dessous il fait référence.

L’Archiduc Leopold Wilhelm d’Autriche dans sa galerie (1647)

Teniers 3 (1647)

Archiduc Leopold Wilhelm d’Autriche dans sa galerie (1651).

Teniers 2 (1651)

Archiduc Leopold Wilhelm d’Autriche dans sa galerie (1651).

Teniers 1 - Archiduc Leopold Wilhelm d'Autriche dans sa galerie (1651)

« On peut en dire autant des types complexes de représentation par portrait et par signe. Prenons un exemple qui nous montrera des édifices de représentations fort compliqués et pourtant aisément compréhensibles, formés de représentations de degré supérieur. Un nom prononcé devant nous nous fait penser à la galerie de Dresde et à la dernière visite que nous y avons faite : nous errons à travers les salles et nous arrêtons devant un tableau de Teniers qui représente une galerie de tableaux. Supposons en outre que les tableaux de cette galerie représentent à leur tour des tableaux, qui de leur côté feraient voir des inscriptions qu’on peut déchiffrer, etc. Nous mesurons quel emboîtement de représentations peut être réellement institué et quelles séries de médiations peuvent être introduites entre les objets discernables. Il n’est pas besoin d’exemple si compliqué pour illustrer des évidences éidétiques, en particulier pour saisir la possibilité idéale que nous avons de poursuivre à volonté cet emboîtement » (Ideen I, tr. fr. P. Ricoeur, § 100, p. 350).

4) La Madone Sixtine de Raphaël (v. 1513-1514)

La Madone de Raphaël, ici dans son environnement « naturel », au musée de Dresde (Gemäldegalerie Alter Meister). La photographie est de Jürgen Lösel) :

Les œuvres artistiques mentionnées par Husserl dans Husserl et la culture Besucher_vor_der_Sixtinischen_madonna

Cette peinture est mentionnée dans Erfahrung und Urteil, qui reprend (en le modifiant) un manuscrit publié ultérieurement dans Hua XXXIX. Husserl y compare d’abord la répétabilité d’une peinture et d’une oeuvre littéraire (sur l’exemple du Faust de Goethe), avant de passer à d’autres irréalités « liées », comme l’Etat, la constitution civile, etc. Le passage se termine sur une partie non citée ici, qui évoque un troisième type d’idéalités, les idéalités « libres », logico-mathématiques et eidétiques. Derrida commente ce passage dans L’origine de la géométrie, Paris, PUF, 1962, p. 88-89.

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« Un objet idéal peut assurément, comme la Madone de Raphaël, n’avoir en fait qu’une seule mondanéisation, et ne pas être, en fait, répétable dans une identité pleinement suffisante (celle du contenu idéal plein). Mais par principe cet idéal est néanmoins répétable, aussi bien que le Faust de Goethe. Un autre exemple d’une objectivité irréelle, qui nous conduira à une distinction importante dans le domaine des irréalités, est celui d’une constitution civile. Un Etat (une nation) est une réalité mondaine, à la fois une et plurale. Il a une localisation spécifique particulière en tant qu’il a un territoire comme espace national réel (real) qui constitue le domaine de sa souveraineté. La constitution de l’Etat a une idéalité en tant qu’elle est une objectivité catégoriale, une expression du vouloir de l’Etat (de ce qui doit être du point de vue de l’Etat), qui est répétable en des temps différents, susceptible d’être réactivée, comprise et identifiée par des personnes différentes. Mais dans sa relation à une nation déterminée du monde, cet être idéal a pourtant une irréalité d’une espèce particulière ».

Source : E. Husserl, Erfahrung und Urteil, p. 320 (Expérience et jugement, tr. fr. D. Souche-Dagues, p. 323). Pour la version antérieure du texte, voir : E. Husserl, Hua XXXIX, Texte 29, p. 299-300.

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